Les Banana Port Papers décrivent les négociations entre le gouvernement de la République Démocratique du Congo (RDC) et l’exploitant portuaire Dubaï Port World (DPW) concernant la construction à Banana du plus grand port en eau profonde de RDC. L’ensemble des négociations serait entaché de faits de corruption autour d’un projet qui doit s’élever à plus d’un milliard de dollars américains.

La Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) a été approchée par des lanceurs d’alerte ayant suivi les négociations entre le gouvernement de la RDC et DPW. Après qu’au moins un des lanceurs d’alerte ait dénoncé à sa hiérarchie un contrat qui lui paraissait illégal, les lanceurs d’alerte ont choisi de prendre contact avec PPLAAF afin de les aider à révéler comment les négociations se sont déroulées.

Le contrat que s’apprêteraient à signer le gouvernement de la RDC et DPW pour la construction et l’exploitation du port de Banana est supposé créer une structure de sociétés permettant l’enrichissement personnel de d’individus politiquement exposés, dont le président congolais Joseph Kabila.

Le projet concerne la construction et la gestion d’un port en eau profonde à Banana, seule partie du territoire congolais ayant un accès direct à l’océan Atlantique. Les négociations auraient eu lieu sans appel d’offres comme le prévoit pourtant le code des marchés publics congolais.

À la suite des premières négociations, le président Kabila aurait déclaré à l’homme d’affaires Moise Ekanga, un de ses proches, vouloir une preuve garantissant qu’il tirerait un profit personnel de la construction et l’exploitation du port.

Le 4 octobre 2016, dans ce contexte, le Sultan Ahmed Bin Sulayem, PDG de DPW, adresse une lettre au président Kabila. Dans cette lettre, le Sultan l’assure de son intention d’accorder un pourcentage du capital d’une des sociétés créées pour le projet a une compagnie privée congolaise, présumément au profit du président Kabila lui-même.

La compagnie concessionnaire

Le grand public saura qu’une joint-venture, appelée lors des négociations « Port Autonome de Banana », est créée entre une société étatique congolaise et DPW. Cette joint-venture devrait ensuite conclure un contrat de concession avec la RDC. La société étatique dans la joint-venture aurait dû logiquement être une des autorités publiques congolaises chargées des ports (l’Office national des Transports de la République démocratique du Congo ou l’OEBK), mais elles auraient été écartées au profit de la création d’une nouvelle entité.

C’est la joint-venture « Port Autonome de Banana » qui devrait posséder la concession. Ce serait une société anonyme, de droit congolais, appartenant à 30% à l’Etat de RDC, ou du moins à la nouvelle entité qui sera créée, et à 70% à DPW.

La compagnie étatique au sein de la compagnie concessionnaire

La compagnie étatique au sein de la joint-venture devrait être la propriété de l’Etat congolais à hauteur de 51%. DPW ne signerait pas le contrat, d’après les lanceurs d’alerte, si cette compagnie étatique n’est pas au minimum constitué à 51% de la RDC.

D’après les lanceurs d’alerte, les 49% restants appartiendront à un prête-nom du Président Kabila ou à une société privée congolaise dans laquelle Kabila aurait directement ou indirectement des parts.

Le Président aurait donc la possibilité de toucher des profits sur ces 49% de la compagnie étatique à travers les redevances qui seraient payées à la joint-venture. Etant donné que l’identité de la société détenant les 51% n’est pas encore connue, il est possible que le Président Kabila en tire également des avantages en créant une nouvelle société étatique.

La compagnie gestionnaire

La compagnie gestionnaire serait une « subsidiary de DPW », avec une compagnie privée à hauteur de 40%, présumément au profit du Président Kabila.

Sur les 100% des revenus qui seront générés pendant l’exploitation, la compagnie gestionnaire toucherait 15% brut. Ces 15% seront ensuite divisés entre DPW (60%) et la compagnie privée qui serait partiellement détenue par le Président Kabila. Cette compagnie privée sera créée par le conseiller à la présidence de la République et actuel directeur général de l’Autorité de régulation de contrôle des assurances Alain Kaninda, et détenue par le Président Kabila et le Sultan. ( Voir annexe hypothèse).

Selon le document présentant les hypothèses au président Kabila, un tel montage permettrait au « privé RDC » de gagner plus de 45,3 millions de dollars en sept ans.

La construction du port

La construction du port serait assurée par une société chinoise, Guang Ping International. Guang Ping aurait déjà conclu un contrat de logistique avec la société MW Afritec, détenue par Alain Wan, afin d’utiliser le port privé de ce dernier - situé sur sa propriété minière près de Boma - pour faciliter la construction du nouveau port. Alain Wan, homme d’affaires belgo-congolais, a déjà été épinglé par PPLAAF, le journal français Le Monde et l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP – un consortium de journalistes et médias enquêtant sur le crime organisé et la corruption) comme étant l’un des instigateurs d’un vaste système frauduleux mêlant plusieurs sociétés écrans permettant de dépenser de l’argent public congolais à des fins privées, notamment dans l’intérêt direct de la société Ferme Espoir qui appartient au président Kabila.