Des révélations bancaires qui fragilisent le régime du président de la RDC

Je suis l'un des premiers lanceurs d'alerte de mon pays à être soutenu par PPLAAF. Je suis très content de la protection juridique et surtout du confort moral que cela m'a procuré. Mon action et le combat que je mène sont l'établissement de la démocratie et la règle de droit dans mon pays la République Démocratique du Congo. William Bourdon est un visionnaire qui a compris la nécessité de protéger les lanceurs d’alerte dans le processus de démocratisation des pays africains, un gage de stabilité et de relance du développement économique.

« La cupidité de certains politiques est telle que le peuple congolais se retrouve pris en otage. Les gens meurent, des personnes sont victimes de torture. Beaucoup ne sont plus libres de s’exprimer », a expliqué Jean-Jacques Lumumba à la Deutsche Welle . « Nous sommes retombés dans une dictature parce que tout ce qui compte pour la classe politique aujourd’hui, c’est de se maintenir au pouvoir. »

Lumumba était cadre dirigeant de la branche crédit au sein de la banque congolaise BGFI. En 2016, Jean-Jacques Lumumba découvre l’existence de plusieurs transactions suspectes de dizaines de millions de dollars entre la banque congolaise dirigée par des proches de la famille Kabila et des sociétés, elles aussi contrôlées par des proches du Président. Quelques mois plus tard, Lumumba tente d’alerter en interne ses supérieurs. Menacé avec une arme à feu par le Directeur général de la banque, le frère adoptif du Président Kabila, Lumumba quitte son pays puis révèle courageusement ce scandale de corruption massive.

Petit-neveu du héros de l’indépendance congolaise Patrice Lumumba, assassiné en 1960 sept mois après son élection en tant que premier dirigeant démocratiquement élu, Jean-Jacques, âgé de moins de trente ans, avait une position confortable en tant que cadre d’une des plus grandes banques de la RDC. C'est son refus de coopérer avec l’utilisation abusive des fonds publics qui a bouleversé sa vie. Regrette-il son acte ? « Bien sûr que non. Je l’ai fait pour mon pays et cette nouvelle génération qui veut véritablement construire un Etat de droit au Congo », répond Lumumba à PPLAAF.

Les Lumumba Papers

En juin 2016, craignant pour sa vie, Lumumba s’enfuit en Europe. En octobre, Lumumba démissionne officiellement de son poste. Peu de temps après, des agents des services de renseignement se présentent dans sa maison de Kinshasa, mais sa famille est déjà cachée ailleurs. Plus tard, elle trouve un moyen de sortir du pays et rejoint le lanceur d’alerte en Europe.

En octobre 2016, le journal belge Le Soir publie un article approfondi sur les activités suspectes de la BGFI RDC largement basé sur des documents internes divulgués par Lumumba. L’article révèle l’implication de la banque dans la corruption, le financement illégal et le détournement de fonds. Les documents de Lumumba révèlent également l’existence de transactions suspectes entre la BGFI et la Commission électorale nationale indépendante.

Depuis janvier 2017, le PPLAAF travaille en étroite collaboration avec Lumumba, en lui fournissant des conseils juridiques pro-bono, en analysant et recherchant les documents qu’il a fournis, et en utilisant des chercheurs spécialisés pour analyser les documents qu’il a gardés depuis son passage à la BGFI.

Les enquêtes menées par PPLAAF, Le Monde et l’OCCRP montrent comment l’argent public a été détourné notamment pour acheter des animaux sauvages en Namibie pour les intérêts privés du président Kabila.

Jean-Jacques Lumumba vit aujourd'hui en exil en Europe, où il a retrouvé du travail. Il se bat pour l’Etat de droit dans son pays, pour que la République démocratique du Congo connaisse l’alternance pacifique et démocratique.

Pour plus de détails :

PPLAAF:

Le Soir:

Bloomberg:

Jeune Afrique:

Le Monde:

OCCRP:

La Libre Afrique: