Relations commerciales avec des entreprises suspectées de financer le terrorisme

Quand quelqu’un révèle ce genre de faits, il est exposé à des représailles contre lui et sa famille. J’ai 9 ans d’expertise dans le secteur bancaire, j’ai été formé en Allemagne, en France et au Congo. J’étais un des banquiers éminents de ma génération en RDC, et j’ai failli perdre ma carrière. Je remercie vivement PPLAAF pour son soutien juridique et médiatique dans la protection des lanceurs d’alerte. Je pense que les lanceurs d’alerte méritent plus de protection, non seulement à cause du risque de représailles, mais aussi pour leur courage et le fait de se sacrifier pour l’intérêt général. Ils doivent être protégés.

Je l’ai fait en tant qu’employé de la banque et en tant que citoyen congolais. Je ne pouvais pas supporter que des actes illégaux de corruption, vol, et blanchiment d’argent demeurent dissimulés et impunis. C’était en contradiction avec les procédures internes de la banque et l’éthique d’un banquier.

Diplômé d’un Master en Management des risques, il a notamment étudié en Allemagne où il a acquis les techniques de comptabilité internationale et travaillé dans plusieurs institutions de microfinance et bancaires avant d’être recruté en 2015 par la filiale congolaise de la banque gabonaise Banque Gabonaise et Française et Internationale (BGFI), en tant que responsable du contrôle de gestion.

En 2017, il découvre des transactions entre la BGFIBank RDC et des sociétés suspectées de financer le terrorisme avec la complicité de responsables de la banque. Il décide d’attirer l’attention de sa hiérarchie et du Directeur de la banque – Francis Selemani Mtwale, frère adoptif du président Kabila – sur de telles pratiques contraires à l’intérêt de la banque. Il est alors menacé avec une arme par le Directeur qui lui ordonne de se taire, puis agressé physiquement dans la rue avec sa femme.

M. Luwere a dû s’exiler en France.

La question du financement du terrorisme

En tant que responsable du contrôle de gestion, M. Luwere avait pour mission d’élaborer le budget, de valider les dépenses, et d’analyser la rentabilité des services et produits de la banque, notamment avec l’analyse de la nature des dépôts des clients et leur rentabilité.

En 2017, il découvre que quelques sociétés représentent à elles seules 40% du montant des dépôts et de la rentabilité de la banque. Ces sociétés étaient détenues ou contrôlées par Congo Futur, une compagnie placée sous sanctions par le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du Département du Trésor américain depuis 2010. L’administration américaine l’accuse d’être détenue ou contrôlée par des financeurs du Hezbollah, un parti politique et groupe terroriste basé au Liban.

Ces compagnies utilisaient également leurs comptes bancaires au sein de la BGFIBank RDC pour effectuer des transactions suspectes, alors que la Banque centrale du Congo avait explicitement interdit à toutes les banques congolaises d’entrer en relation commerciale avec des sociétés liées à Congo Futur, en raison des sanctions américaines.

L’ONG The Sentry a publié un rapport sur cette affaire.

Un autre ancien employé de la BGFIBank RDC, Jean-Jacques Lumumba, a révélé des activités suspectes de la banque et la participation de celle-ci dans des actes de corruption et détournement de fonds publics.

Des enquêtes menées par PPLAAF, Le Monde et OCCRP ont montré comment de l’argent public était détourné par la BGFIBank RDC, notamment pour acheter des animaux sauvages en Namibie pour l’intérêt privé du président Kabila.

For additional information:

PPLAAF:

OCCRP:

The Sentry

Bloomberg:

Jeune Afrique:

Le Soir:

Le Monde: